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Le confinement nous rappelle comme les choses simples ont une valeur inouïe

Le confinement nous rappelle comme les choses simples ont une valeur inouïe du vendredi 10 juillet au mardi 28 juillet En ligne

Que peut nous enseigner cette période inédite de confinement sur notre rapport aux autres, à la sédentarité, à l’hyperconnexion ? On a posé la question à David Le Breton, anthropologue et sociologue spécialiste du corps.

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Le confinement nous rappelle comme les choses simples ont une valeur inouïe 

par Annabelle Laurent

 

Retrouvez toute notre programmation "LA PAROLE AU PHILOSOPHE !" à l'issue de cette publication   

Il y a une semaine, lundi 16 mars, le confinement était décidé en France pour lutter contre l'épidémie due au coronavirus. Au-delà du cas spécifique des milliers de soignants en première ligne, quelques jours ont suffi pour faire éclater les inégalités criantes face aux mesures de prévention mises en place, qu’il s’agisse des milliers de salariés contraints de travailler par leurs employeurs, ou des conditions de confinement difficiles - ou impossibles - d’une partie de la population. 

Reste que jamais un tel confinement, bientôt encore « plus radical » dans ses règles, n’avait été imposé à une telle échelle.

La « distanciation sociale » bouleverse aujourd’hui tout : qu’en restera-t-il ?

David Le Breton, professeur à l’Université de Strasbourg, observe depuis plus de trente ans le corps humain et ce qu’il dit de nos sociétés. Il a étudié la marche, les conduites à risque chez les jeunes, la voix, la douleur ou encore le silence. Nous lui avons donc posé quelques questions sur les conséquences de ce confinement inédit.

 

Usbek & Rica : Vous avez étudié nos sociétés hyperconnectées, dans lesquelles s'instaure « le soupçon à l'encontre du corps », dites-vous. Une grande partie de la population française est aujourd’hui assignée à domicile, plus connectée que jamais. Que vous inspirent ces nouveaux liens sociaux ?

David Le Breton : Nous devenons des Hikikomoris, ces Japonais qui s’enferment chez eux, n’en bougent plus et sont en lien avec le monde entier via les réseaux sociaux. Le confinement nous conduit à cela : je constatais en envoyant des mails hier la sursaturation du recours à Internet. Nous sommes dans cette bulle, dans cette aseptisation du lien social, et cela me rend inquiet pour les mois à venir.

Pour moi, cela devient de plus en plus intolérable d’aller dans des villes et de croiser des zombies sur leur téléphone, d’avoir des conversations interrompues… La conversation est une interaction de visage à visage, qui se déroule dans une attention au regard de l’autre : elle n’est pas interrompue par une sonnerie de portable, ni par quelqu’un qui le sort compulsivement pour voir s’il a reçu un message… C’est un jugement de valeur, mais cela me trouble. Si vous suivez quelqu’un dans la rue, toutes les 30 secondes, il tire son portable de sa poche. Il y a de moins en moins d’attention au monde et à l’autre. Or dans les mois à venir, on risque de multiplier ces addictions, induites par les réseaux sociaux.

« Aujourd'hui, autrui est transformé en accessoire »

La période nous renvoie aussi à une individualisation du lien social, où l’autre devient davantage une sorte d’accessoire de nos vies personnelles. Je pense que la communication a transformé autrui en accessoire, que ce soit dans l’univers professionnel ou amical, dans la mesure où la communication avec l’autre éloigné paraît plus intéressante que celle avec celui ou celle qui vous fait face. Certains adolescents racontent qu’ils n’aiment pas voir ou appeler leurs amis parce qu’ils ne contrôlent pas la parole, contrairement à l’écrit. On est de plus en plus seuls, mais ensemble, comme le résume l’anthropologue américaine Sherry Turkle (Seuls ensemble, 2015). Ceci étant dit, si on me donnait le pouvoir absolu de supprimer Internet, bien sûr,  je ne le ferais pas. C’est sans doute le seul moment où les réseaux sociaux et Internet ont une vraie nécessité sociale de maintenir le goût de vivre. Mais le monde de la communication est un monde sans corps, sans visage, un monde qui n’est plus le face à face, le corps à corps, le voix à voix, c’est un monde de la distance, de la virtualisation, et je pense qu’il mutile le lien à l’autre.

Vous avez écrit un Éloge de la marche et Marcher. Eloge des chemins et de la lenteur (Métailié), la marche étant une pratique interdite par le confinement. Quel pourrait être l’impact de cette sédentarité forcée ?

La sédentarité est terrible pour des questions de santé publique et amène le sentiment de malaise, le sentiment d’être mal dans sa peau. Elle amène de la fatigue nerveuse, que j’ai coutume de distinguer de la fatigue physique. Quand vous n’avez pas bougé de la journée, vous pouvez avoir du mal à trouver le sommeil, mais si vous avez marché des heures, vous vous couchez fatigué et vous avez un sommeil formidable….

J’ai souvent dénoncé cette humanité assise qui devenait la nôtre, où bon nombre de nos contemporains se lèvent le matin pour s'installer au volant de leur voiture, s'asseoir à leur bureau avant de retourner à leur voiture et de s'installer devant la télévision ou l'ordinateur. Le corps est mis à mal. Si tout à coup il n’y avait plus de corps, ça ne changerait pas beaucoup le quotidien de beaucoup de gens. 

Dans ce contexte, la marche devient une forme de résistance à l’encontre de la sédentarité, de cette humanité assise. Elle est une forme de retrouvaille avec la sensorialité, la contemplation du monde, la chair du monde, et même avec nos origines…  En fait, même dans des conditions ordinaires, en dehors de la période que nous vivons aujourd’hui, c’est tout cela qui nous manque. Et il est fondamental de le retrouver.

Finalement, quand nous nous relèverons de la crise que nous traversons, que pourraient retenir nos corps de la période actuelle ?

En ce moment, nous sommes en train de retrouver le prix des choses sans prix. Le simple fait de se déplacer, de faire une balade, de rencontrer ses amis, de se rendre - pour ceux qui ont la possibilité de télétravailler - à son travail, aujourd’hui, tout cela nous est interdit. Et on s’aperçoit combien cela avait une valeur absolument inouïe, mais oubliée.

« Les premiers moments où l’on pourra se déplacer sans problème seront des moments de renaissance »

Les premiers moments où l’on pourra se déplacer sans problème, je pense que ce seront des moments d'éblouissement, d'émerveillement, de renaissance. Je pense que pendant des semaines et des mois, chacun de nous se sentira infiniment plus vivant que dans les mois précédents, parce que ce sera comme une sortie de prison. C’est la jubilation du prisonnier qui peut disposer de son corps, de sa liberté de mouvement. Aujourd’hui nous sommes tous des prisonniers volontaires, mais nous découvrons combien étaient précieuses ces activités.

Hélas, l’expérience montre que très vite les routines se rétablissent - cela a été le cas après les deux guerres, l’ivresse de vie finit par se perdre, et y succède une tendance à la banalisation, à la normalisation - mais c’est un enseignement, c’est une leçon de vie.

« Le coronavirus rappelle notre finitude, notre précarité, notre fragilité »

Je pense que le coronavirus est une sorte de memento mori : rappelle-toi que tu vas mourir. C’est un rappel à l’ordre et à notre finitude, à notre précarité, notre fragilité. L'enseignement formidable pourrait être de nous rappeler en permanence ce que nous avons failli perdre, et donc qu’il faut vivre l’instant de manière intense : c’est une manière de dire « profitons de la vie » plutôt que d’être dans ce culte de la vitesse, de l’urgence, que produisent en partie les technologies contemporaines. Et cela devient une reconquête de retrouver le goût de vivre, le sentiment d'être vivant.

                                                         Annabelle Laurent

12  "On pourrait construire notre liberté sans qu'elle passe par la consommation" par Razmig Keucheyan, docteur en sociologie et professeur de sociologie à l'université de Bordeaux.

https://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/on-pourrait-construire-notre-liberte-sans-quelle-passe-par-la-consommation

 

11  "Ces philosophes que le monde nous envie" par Didier Raoult.

https://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/ces-philosophes-que-le-monde-nous-envie-par-le-professeur-didier-raoult

 

10  "Ce que la philosophie nous apprend de la pandémie de Coronavirus" par Xavier Pavie, Philosophe

https://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/ce-que-la-philosophie-nous-apprend-de-la-pandemie-de-coronavirus-par-xavier-pavie-philosophe

 

Julia de Funès : "On se concentrera sur les gens qu’on aime"

https://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/julia-de-funes-on-se-concentrera-sur-les-gens-qu2019on-aime

 

  Claire Crignon « Coronavirus : quel peut être le rôle du philosophe en temps d’épidémie ? »

https://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/coronavirus-quel-peut-etre-le-role-du-philosophe-en-temps-d2019epidemie

 

Michaël Fœssel « La nuit est propice aux expériences égalitaires »

https://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/michael-foessel-la-nuit-est-propice-aux-experiences-egalitaires

 

Le balcon ... avec Thierry Paquot, philosophe-urbaniste

https://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/le-balcon...-avec-thierry-paquot-philosophe-urbaniste

 

 De la réalité du monde sensible : DE L’ESPACE par Jean-Jaurès, philosophe

https://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/jean-jaures

 

"Entretien sur la musique avec André Comte-Sponville", philosophe par Bertrand Saint-Etienne.

https://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/la-parole-au-philosophe-entretien-sur-la-musique-avec-andre-comte-sponville

 

Edgar Morin "Cette crise devrait ouvrir nos esprits depuis longtemps confinés sur l'immédiat"

https://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/la-parole-au-philosophe-edgar-morin-cette-crise-devrait-ouvrir-nos-esprits-depuis-longtemps-confines-sur-l2019immediat

 

"Barbara Cassin, le pouvoir des mots" 

https://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/la-parole-au-philosophe-avec-barbara-cassin-philosophe-philologue-et-academicienne

 

"Pourquoi lire les philosophes arabes?"

https://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/pourquoi-lire-les-philosophes-arabes

 

 

 

 

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