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En ligne "Le repas comme lien social va-t-il disparaître ?"

En ligne "Le repas comme lien social va-t-il disparaître ?" du vendredi 22 octobre au lundi 06 décembre En ligne

La "commensalité", car c’est ainsi qu’on nomme le fait de partager un repas avec d’autres convives, est ravie de l’intérêt que vous lui portez. Même si l’histoire ne nous dit pas la réponse que vous espérez.

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Le repas comme lien social va-t-il disparaître ?

 

La "commensalité", car c’est ainsi qu’on nomme le fait de partager un repas avec d’autres convives, est ravie de l’intérêt que vous lui portez. Même si l’histoire ne nous dit pas la réponse que vous espérez. Si vous attendez un « oui » afin que soit annulée d’un coup la pénible perspective des repas familiaux interminables qui vous attend pour les fêtes, le délai risque d’être hélas un peu court, mais on peut vous souhaiter bon courage. Un peu d’esprit de Noël et ça passera tout seul.

En revanche, si vous espérez un « non » en réponse à cette question qui vous préoccupe, est-ce lié à votre ado qui ne daigne pas décoller ses pouces de son smartphone pendant qu’il est à table, anéantissant tous vos espoirs de conversation, donc de lien social ? Est-ce dû à une inquiétude issue de la multiplication des régimes (au hasard, végétariens et sans gluten) qui vous font craindre la disparition du plat unique, et a fortiori celle du repas fédérateur ? À moins que vous n’ayez aperçu sur les étals des supermarchés ces bouteilles promettant un « repas complet » en poudre, et ayez ressenti un frisson d’effroi à l’idée que nous nous transformions bientôt en machines ingurgitant des nutriments sans autre forme de procès ? Voici en tout cas trois hypothèses qui méritent d’être creusées. Reprenons.

Un tiers des Français utilisent leur smartphone à table, et 49% des 18–34 ans

Le repas, quand il réunit plusieurs personnes à table, va-t-il, pour encore longtemps créer du lien ? Un tiers des Français utilisent leur smartphone à table, et 49% des 18–34 ans. C’est le résultat d’un sondage réalisé en juin dernier pour RTL et Le Parisien. Témoignage légèrement angoissant obtenu par RTL, celui d’une jeune femme, qui explique : « Toutes les 5 minutes, je regarde au moins la page d’accueil. C’est un réflexe contre l’ennui  ». 65% des sondés admettent par ailleurs que cela les empêche de « profiter de l’instant présent ».

Comme souvent avec le numérique, une autre technologie avait déjà, quelques années auparavant, ouvert ce débat : j’ai nommé la télévision. En 2005, dans Casseroles, amour et crises, alors qu’un Français sur deux disait regarder la télévision lors du dîner chaque soir, le sociologue Jean-Claude Kaufmann parlait à son sujet de « prothèse télévisuelle  ». Sa logique étant la suivante : la télévision aide à « masquer le silence et relancer la parole », la conversation étant « difficile dans nombre de ménages ».

En 2019, les smartphones se sont donc ajoutés à la télévision, et il faut sans doute être particulièrement optimiste pour y voir de nouvelles « prothèses » à la discussion puisque chacun y consulte cette fois ses propres messages ou contenus. Même si c’est évidemment possible (« lâche ton téléphone », « mais il y a un post d’Aya Nakamura », « Aya qui ? » > hop, discussion). Deux options donc : un futur à la Yzars and years, où la technologie a évolué pour permettre à toute la famille de créer du lien social – oui, mais à travers des filtres de labrador en réalité augmentée...

Ou bien un futur sans smartphones à table, comme le recommandent tous les experts de psychologie en développement alertant sur les dangers des écrans.

Deuxième hypothèse, celle de la progression irrésistible des régimes alimentaires, ce qui pourrait potentiellement menacer le lien social créé par le partage d’un même plat. Si nous pouvons ici y dédier un paragraphe, un livre entier a été écrit sur le sujet en 2013, Alimentations particulières: Mangerons-nous encore ensemble demain? (Odile Jacob). Sous la direction du sociologue de l’alimentation Claude Fischler, plusieurs chercheurs de l’Observatoire des habitudes alimentaires (Ocha) explorent l’impact que peuvent avoir, sur la commensalité, les particularismes alimentaires, qu’ils soient liés à des raisons médicales (allergies et intolérances), sanitaires (régimes divers), éthiques ou politiques (comme le végétarisme), sans apporter de réponse tranchée sur le futur proche.

Les « alimentations particulières » ont progressé. Faut-il pour autant en déduire la fin du repas partagé ?

Huit ans plus tard, ces « alimentations particulières » ont progressé. Le marché vegan est en plein essor, et les industriels s’en sont emparés. Les ventes de produits végétariens et végans ont généré en 2018 un chiffre d’affaires en hausse de 24% dans les grandes et moyennes surfaces françaises. Le marché du sans gluten est en hausse constante, avec une progression de 20% par an en France ces cinq dernières années. Surtout, tout indique que cette courbe ascendante va se poursuivre. Dans un futur proche, les ventes de produits vegan et végétariens devraient par exemple bondir de près de 60% en France d’ici à 2021. Les projections sur les marchés de nos voisins européens suivent la même dynamique.

Faut-il pour autant en déduire la fin du repas partagé ? Nuançons d’abord : la viande, par exemple, reste un aliment toujours très consommé par les Français, et notamment par les 18–24 ans, qui sont même les moins concernés par la baisse de la consommation de viande selon l’étude du Crédoc parue fin 2018. L’évolution est donc lente, mais elle est réelle – en France, car ailleurs dans le monde, la consommation de viande s’accroît.

Toutefois, sans réponse nette à vous apporter, nous parions sur un lien social fort créé… par les débats autour des régimes alimentaires de chacun, toute personne concernée pouvant témoigner du facilitateur conversationnel magique que cela constitue.

Enfin, troisième hypothèse, celle de la disparition du repas collectif en tant que tel. Dans la patrie du sacro-saint repas pris à table, vous rigolez ? Rappelons l’exception française. Un rapport de l’OCDE de mars 2018 l’a encore rappelé: nous sommes les champions du temps passé à table, avec 2h11 en moyenne passés par jour à manger et boire, soit 40 minutes de plus que la moyenne des pays de l’OCDE, et plus de deux fois plus que les Américains.

Autre fait d’arme français : avoir réussi à faire reconnaître la gastronomie nationale comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, en 2010. Mais le tableau n’est bien sûr pas aussi idyllique. Le repas à table est en recul (un Français sur trois prend désormais son repas ailleurs que sur une table de salle à manger ou de cuisine), et avec lui, l’institution du repas partagé. De plus en plus de Français mangent seuls (des plats individuels, l’industrie s’est adaptée)… car de plus en plus de Français vivent seuls (35% des adultes), et cela ne devrait pas s’améliorer, qu’il s’agisse des étudiants ou des personnes âgées, amenées à être de plus en plus nombreuses au cours des prochaines décennies. Enfin, nous ressentons tous les effets de l’accélération de notre époque qui, pour le philosophe allemand Harmut Rosa, souffre de la déconnexion grandissante entre progrès techniques et progrès humains. Et même le temps passé à table est sujet à être raccourci.

De là à nous promettre un futur où nous ingurgiterons des pot-au-feu (vegans, bien sûr) en poudre et en bouteilles ? Créé dans les traces de Soylent, son équivalent américain, le Français Feed a fait le pari fou de tenter sa chance en 2016 avec des produits « conçus pour ceux qui n’ont pas le temps, la possibilité ou l’envie de consommer un repas classique », nous laissant avec une perplexité que nous tentions déjà d’exorciser en 2017 via un article.

En cette fin 2019, Feed existe toujours sur les rayons des magasins, mais est loin d’avoir envahi les bureaux pour autant, sans comparaison avec le succès de Soylent chez les anglo-saxons. Parions donc sur un futur où la France pourrait éventuellement perdre son titre de championne du monde du temps passé à table (l’Italie nous talonne), mais a priori sans non plus de dégringolade à l’horizon… Elon Musk aura, pour sa part, certainement atteint d’ici là son but, à savoir trouver un « moyen pour éviter de manger, afin de travailler davantage ». Et on se réjouit pour lui.

Par Annabelle Laurent, Usbek & Rica


Photo: Le déjeuner des canotiers, Auguste Renoir ( Domaine public )

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